François Tassel

François Tassel, alias Gilbert, un des premiers Résistants du Trégor

François Tassel et son action dans la Résistance. 

Hommage rendu pour ses funérailles du 18 décembre 2016 

    Je suis le secrétaire de son association « Résistants et Maquisards du secteur Nord 1 des Côtes d'Armor », je suis le fils d'un jeune résistant de Ploubezre: Louis Daniel, je suis aussi son neveu par son mariage en 1941 avec Yvonne Lozahic qui habitait à Kerguiniou. 

François est né le 19 juin 1918

Je veux simplement vous montrer comment un homme ordinaire a pu avoir un parcours aussi exceptionnel. De bonne heure, François travaille dans les fermes, comme sa grand-mère qui l'élève. Il n'a que son certificat d'étude. A 17ans (en 1935) il monte à Paris. Il travaille au cœur de Paris comme livreur dans une crèmerie. A 20 ans, il fait son service militaire dans le service de santé des armées à l'hôpital Percy près de Clamart. A la déclaration de la guerre en 39 il est affecté au train sanitaire à Gargeonville puis aux ambulances chirurgicales à Beauvais. En revenant de permission dans sa famille, il assiste au bombardement de la gare de Tergnier. Les dégâts sont impressionnants. Tous les soldats ont ordre de monter dans un train qui part pour la ville d'Eu. Ce convoi est souvent arrêté par des alertes, les soldats sautent alors du train pour se réfugier dans la campagne. A Abbeville, ils sont enfermés dans un camp. François s'évade pour rentrer en Bretagne. Vers Chauny, il croise un convoi de civils qui fuient l'invasion allemande, il vient de subir une attaque de l'aviation. Des cadavres de femmes, d'enfants et de vieillards gisent partout aux alentours. A Rennes il assiste à son bombardement. Tous les militaires sont regroupés et dirigés vers un camp à Mordelles, puis expédiés à Bordeaux où ils deviennent prisonniers des « boches ». François parvient à s'évader. Il se dirige vers le sud avec l'intention de rejoindre les forces de la France libre en Afrique du Nord, mais il est bloqué à la frontière espagnole. Il fait alors un court séjour dans la caserne Caffarelli à Toulouse où il est démobilisé en septembre 1940. 

Après de nombreuses péripéties il revient à Ploubezre en septembre 1940, il a 22ans. Comme tous les hommes démobilisés, il doit faire un service obligatoire : Il doit surveiller les lignes téléphoniques qui sont fréquemment sabotés par des « terroristes » Cette situation ne lui plait pas, mais comment faire autrement ? Il voudrait combattre les allemands ou bien rejoindre le Général de Gaulle.

En parlant avec des copains, il apprend l'existence du groupe Roger Barbé- Maurice Robert qui sabote les réseaux de communication. François connaît Roger Barbé et finit par le rencontrer. Après une longue discussion pour l'évaluer, Roger lui confie une mission de surveillance des allés et venus des avions sur le terrain d'aviation à Servel. Il intègre le réseau Roger Barbé en octobre 1940. Employé par l'entreprise Kérambrun au terrain d'aviation qui est en pleine extension, François fait une surveillance efficace. Le réseau paraît sécurisé, les informations sont transmises à Londres par de nombreux intermédiaires anonymes, mais une indiscrétion a dû être entendue par un collabo qui les a dénoncés aux nazis. De nombreux membres du groupe sont arrêtés le 28 décembre 1940. François Tassel est recherché, ses différents noms lui sauvent la vie ( Derrien comme sa mère, Tassel comme son beau père, Louis pour sa grand-mère) Maintenant la vigilance, la prudence et la discrétion s'imposent sous peine de mort. Roger et Maurice sont fusillés en 1941.

En 1941, Mr Colombo de Perros, le cache en le faisant travailler dans les bois et souvent à Kerguiniou qu'il connaît très bien puisque ses beaux parents y habitent. De temps en temps, il va au café chez George Fabre qui a aussi des idées patriotiques. Son café devient un lieu de rendez-vous pour tous ceux qui refusent l'occupation allemande et le régime Vichyste. Ils suivent et commentent les actualités. Dès la rupture du pacte Germano-Soviétique, le Front National, en partie d'obédience communiste, s'organise au niveau national pour lutter contre l'occupant. Il recrute largement et devient un important mouvement national de Résistance.

Louis Pichouron et Jean Devienne sont les responsables pour les côtes d'armor. Ils recrutent des militants et organisent des groupes du FN. Ils tissent un réseau dans le département. Au début de 1943 François et Maurice Barré participent à une réunion secrète chez George Fabre avec Louis Pichouron et Jean Devienne. Ils leurs confient des postes importants. 

   Plus d'informations sur Louis Pichouron, Jean Devienne en cliquant sur les liens suivants:


François Tassel est nommé commissaire aux effectifs et aux opération pour le secteur Nord 1 Des côtes d'Armor (C'est en gros le trégor actuel) Maurice barré est nommé responsable du FN pour ce secteur nord 1. A la fin 1943, au péril de sa vie, il a recruté et discipliné plus de 600 volontaires. Il doit faire attention aux mouchards, aux miliciens, et aux gens qui parlent trop. En Mars 1944, avec un groupe, il convoie et stocke aux alentours de Kerguiniou un premier lot d'armes provenant d'un parachutage à Maël Plestivien.

Kerguiniou devient la plaque tournante de la Résistance pour le Trégor : Elle renseigne, elle surveille, elle sabote, elle rédige et distribue des tracts pour encourager les patriotes et dissuader les autres de collaborer. Elle diffuse aussi le journal « le patriote des Côtes du Nord » Kerguiniou est aussi un lieu de décision, de refuge et de passage pour les cadres de la résistance. Le 8 mai 1944, il organise et met au point l'attaque de la prison de Lannion par la Compagnie Tito : 7 résistants sont libérés. A la suite d'une dénonciation ou de révélations sous la torture, les allemands identifient Gilbert alias F. Tassel.

Le 23 mai 1944, sa maison de Ploubezre est incendiée et son quartier général est attaqué alors qu'il était en mission de convoyage d'armes vers Noyal. Yves Cudennec et Amédée Prigent sont tués, Yves Derriennic est blessé, il sera torturé et fusillé. La tête de François Tassel est mise à prix : 150 000 Franc. Sa famille trouve refuge à  Cavan puis à Caouënnec chez les Bonniec.

Le 22 juin 44, il se rend avec un groupe de maquisards dans la ferme Bonniec à Roudevine  pour voir sa femme et ses 2 enfants. Là, ils sont surpris par l'arrivée d'une patrouille d'une vingtaine d'allemands. Ils ont tout juste le temps de fuir, François porte son fils de 2 ans. Malheureusement, ils ont laissé des traces : La ferme est incendiée, Yvonne sa femme et les 3 sœurs Bonniec  sont amenées à la kommandantur puis à St Brieuc pour y subir un interrogatoire musclé. Sous la torture, elles ne changent pas leur version des faits : "Elles ne connaissent pas ces terroristes qui venaient chercher de quoi manger". Elles ont la vie sauve.

Arrestation à Bourbriac (à lire ci dessous) François, le Docteur Rouzaut et Emile Guyard, son beau frère, sont arrêtés à Bourbriac alors qu'ils se rendaient à Plésidy pour organiser un parachutage.

Nomination A Duault, le capitaine Aguirec de la BCRA (bureau central de renseignements et d'actions) charge François de former un bataillon qui devra participer à la libération de la région. Devenu commandant Gilbert, il nommera son bataillon " Gilbert »  (6ème bataillon FTP)

Réception des armes par parachutage. Il organise un parachutage d'armes à Prat. Alors qu'ils apprêtent une zone à Pluzunet, ils sont alertés de l'arrivée d'une grosse patrouille allemande. Ils n'ont que juste le temps de se sauver. Comme le parachutage est annoncé pour cette nuit par « radio Londres », il faut trouver un autre terrain pas trop loin, le préparer, réorganiser d'autres caches pour les containers et les parachutes. Avec l'aide d'une dizaine de maquisards, qui ont réussi à se regrouper, et avec l'aide précieuse des cultivateurs voisins, le parachutage est parfaitement réussi dans un champ à Prat. 

Plus tard les armes seront distribuées équitablement entre tous les maquis de la région. Le commandant déploie son bataillon Gilbert pour bloquer l'ennemi et pour protéger l'avancée des troupes de libération. Le 5 août, il stoppe un convoi allemand.

Le maquis de Pommerit- Jaudy est attaqué.

Menacé à cause d'une indiscrétion, le commandant ordonne au maquis de Pommerit-Jaudy de changer de lieu. Malheureusement, le responsable n'agit pas suffisamment tôt: Le maquis fort de 120 hommes est attaqué le 9 juillet 1944 par environs 600 soldats allemands, 11 maquisards sont tués.

Du 5 au 17 août 1944, il organise et participe à la libération du Trégor.

Dès la libération du secteur, le SAS Aguirec lui remet la médaille de la résistance française « avec rosette » en présence des hautes personnalités de la Résistance.

Après la libération du Trégor


A la fin août 1944, après avoir été incorporé dans l'armée, il fait parti de l'état major du Général Borgnis-Desbordes sur le front de Lorient. Sa présence sur ce front est courte, puisqu'à la suite d'un accident de voiture, François Tassel est rapatrié, à l'hôpital Ste Anne, à Lannion. (Mme la comtesse de Carcaradec était une de ses soignantes) 

En janvier 1945, pendant son séjour à l'hôpital, il est nommé chef de bataillon dans le 8ème zouave au Maroc. Il ne retourne donc pas sur le front de Lorient, mais part au Maroc pour prendre ce commandement.

 En 1946, il quitte l'armée, après avoir refuser une mutation en Indochine.

Ses Récompenses :

François Tassel était pourtant un homme simple qui devait avoir une vie ordinaire, mais dans cette période tragique de l'histoire de France, les circonstances l'ont fait sortir du rang. Il lui a fallu beaucoup de force, de conviction, de courage et de rigueur pour pouvoir s'élever ainsi au mépris de sa vie. Il mérite toute notre reconnaissance. Nous ne devons pas oublier son action qui est d'ores et déjà marquée pour toujours dans l'histoire de la Résistance en Bretagne. Il parlait volontiers de son passé, Il était un excellent narrateur doté d'une excellente mémoire, il était la référence sûre pour toute cette période de l'occupation.

Adieu commandant.

Jean Pierre Daniel

****************

Témoignage du lieutenant-colonel Marceau

****************

François Tassel raconte son arrestation à Bourbriac:

Arrestation en allant à Plésidy le 14 juin 1944

****************

Nomination de François Tassel alias Gilbert au grade de commandant

“ A Duault, je rencontre le Capitaine Aguirec du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Actions) pour lui remettre les données concernant le parachutage des armes sur la zone de Pluzunet……….. Le Capitaine Aguirec m’apprend qu’à l’aide des effectifs répertoriés et mobilisés dans le secteur Nord 1 depuis 1943, j’allais devoir constituer, au plus vite, un bataillon dont l’appellation sera: 6ème bataillon FTP.  “Tu es déjà responsable du secteur Nord 1 (commissaire aux effectifs et aux opérations), il est donc logique que tu prennes son commandement: Tu en seras le commandant, voici les galons correspondants!”... A moi de définir le nombre de compagnies nécessaires à la défense du secteur Nord 1 et aux opérations qui s’annoncent dans la perspective de la libération de la région. Chaque capitaine devra former sa compagnie et nommer l’encadrement de chacune des 4 sections qui constitueront l’unité. Le schéma est clair: Les forces de la Résistance organisée entrent dans une structure militaire et fonctionneront désormais comme une unité constituée de l’Armée française. Il s’agit, en quelque sorte, de reconstituer notre armée démobilisée en 1940.

Louis Querrec dit Julot qui m’accompagne devient mon premier adjoint. Je connais ses compétences et je lui fais une confiance totale”.

                            Extrait de “Pour la France” Mémoires de François Tassel

 ******************

"Une surprise m’attend à l’issue de la libération du secteur Nord 1" (vers le 17 août 1944).

 Au cours d’une cérémonie organisée à mon PC de Kerfons (Ploubezre), Je reçois la médaille de la Résistance Française avec rosette. Elle m’est remise par le capitaine parachutiste SAS Aguirec en présence du lieutenant-colonel Marceau (commandant des FFI des côtes du Nord), de Louis Pichouron (commandant Alain, chef des FTP du département), de Marcel Perrot (commandant Andrieux, second de Louis Pichouron), des mes adjoints et de quelques amis maquisards."

Extrait des mémoires de François Tassel "Pour la France" écrit avec Jean Claude Le Guéziec

*******************

Le « commandant Gilbert » livre ses mémoires

 Le Trégor 30/05/2012 à 12:34 par Erwann Hirel

François Tassel, 92 ans,  témoigne pour la postérité. A Kerguiniou en Ploubezre, là-même où il a créé un maquis pris d’assaut par les Allemands, rencontre avec un résistant de la première heure. 

A l'arrière-plan, François Tassel croqué par le peintre René Glorion, en présence de Jean-Claude Le Guéziec, qui a mis en forme les mémoires du Résistant. 

http://www.ouest-france.fr/bretagne/francois-tassel-un-pionnier-de-la-resistance-2579764

*******************

Photos collection F.Tassel

Devant sa maison à Kerguiniou aves sa femme Yvonne

Commémoration à Kerguiniou en 2011 JP Daniel

A Port St Louis en 2011 JPDaniel

François avec la clé de la prison de Lannion

Près de la stèle à Kerguiniou en 2015 JP Daniel

Ses funérailles le 18 décembre 2016  JP Daniel

François  en pleine discussion avec Marguerite Pierre du réseau Shelburn le 18 avril 2014 à Plouha   JP Daniel

François avec Pierre Chapiseau devant le panneau à Kerguiniou 2014  JP Daniel