François Tassel
François Tassel, alias Gilbert, un des premiers Résistants du Trégor
François est né le 19 juin 1918
De bonne heure, François travaille dans les fermes, comme sa grand-mère qui l'élève. Il n'a que son certificat d'étude. A 17ans (en 1935) il monte à Paris. Il travaille au cœur de Paris comme livreur dans une crèmerie. A 20 ans, il fait son service militaire dans le service de santé des armées à l'hôpital Percy près de Clamart. A la déclaration de la guerre en 39 il est affecté au train sanitaire à Gargeonville puis aux ambulances chirurgicales à Beauvais. En revenant de permission dans sa famille, il assiste au bombardement de la gare de Tergnier, les dégâts sont impressionnants. Tous les soldats ont ordre de monter dans un train qui part pour la ville d'Eu. Ce convoi est souvent arrêté par des alertes, les soldats sautent alors du train pour se réfugier dans la campagne. A Abbeville, ils sont enfermés dans un camp. François s'évade pour rentrer en Bretagne. Vers Chauny, il croise un convoi de civils qui fuient l'invasion allemande et qui vient de subir une attaque de l'aviation. Des cadavres de femmes, d'enfants et de vieillards gisent partout aux alentours. A Rennes, il assiste à son bombardement. Tous les militaires sont regroupés et dirigés vers un camp à Mordelles, puis expédiés à Bordeaux où ils deviennent prisonniers des « boches ». François parvient à s'évader. Il se dirige vers le sud avec l'intention de rejoindre les forces de la France libre en Afrique du Nord, mais il est bloqué à la frontière espagnole. Il fait alors un court séjour dans la caserne Caffarelli à Toulouse où il est démobilisé en septembre 1940.
Après de nombreuses péripéties, il revient à Ploubezre en septembre 1940, il a 22 ans. Comme tous les hommes démobilisés, il doit faire un service obligatoire: Il doit surveiller les lignes téléphoniques qui sont fréquemment sabotées par des « terroristes » Cette situation ne lui plaît pas, mais comment faire autrement? Il voudrait combattre les Allemands ou bien rejoindre le Général de Gaulle.
En parlant avec des copains, il apprend l'existence du groupe Roger Barbé- Maurice Robert qui sabote les réseaux de communication. François connaît Roger Barbé et finit par le rencontrer. Après une longue discussion pour l'évaluer, Roger lui confie une mission de surveillance des allés et venus des avions sur le terrain d'aviation à Servel. Il intègre le réseau Roger Barbé en octobre 1940. Employé par l'entreprise Kérambrun au terrain d'aviation qui est en pleine extension, François fait une surveillance efficace. Le réseau paraît sécurisé, les informations sont transmises à Londres par de nombreux intermédiaires anonymes, mais une indiscrétion a dû être entendue par un collabo qui les a dénoncés aux nazis. De nombreux membres du groupe sont arrêtés le 28 décembre 1940. François Tassel est recherché, ses différents noms lui sauvent la vie ( Derrien comme sa mère, Tassel comme son beau père, Louis pour sa grand-mère) Maintenant la vigilance, la prudence et la discrétion s'imposent sous peine de mort. Roger et Maurice sont fusillés en 1941.
En 1941, Mr Colombo de Perros (sympathisant du général de Gaulle), le cache en le faisant travailler dans les bois et souvent à Kerguiniou. Il fait du charbon de bois utilisé pour les moteurs à gazogène en remplacement de l'essence. Il rencontre et sympathise avec Maurice Barré, le teilleur de lin et le blanchisseur de kerguiniou. C'est à Kerguiniou qu'il rencontre Yvonne, fille de Mr et Mme Yves Marie Lozahic, elle habite à 150 m du pont de Kerguiniou en remontant vers Tonquédec. Ils s'apprécient et décident de se marier fin 1941.
De temps en temps, il va au café chez George Fabre (ancien combattant de la guerre 14-18) qui a aussi des idées patriotiques. Son café, au centre du bourg de Ploubezre, est un lieu de rendez-vous de tous ceux qui refusent l'occupation allemande et le régime Vichyste. Ils suivent et commentent les actualités.
Dès la rupture du pacte Germano-Soviétique (juin 1941) le Front National, en partie d'obédience communiste, s'organise au niveau national pour lutter contre l'occupant. Il recrute largement et devient un important mouvement national de Résistance. Louis Pichouron et Jean Devienne sont les responsables du FN pour les côtes d'Armor. Ils recrutent des militants et organisent des groupes en circulant dans tout le département. Ils parviennent à tisser un important réseau.
En 1942, François Tassel, qui circule beaucoup à vélo, essaie aussi de recruter des volontaires afin de nuire aux occupants. Il trouve dans plusieurs communes du Trégor des hommes prêts à agir. Il leur demande de convaincre leurs amis sûrs de les rejoindre et de repérer des actions possibles autour de chez eux. Mais "Attention! il faut de la discrétion et ne pas prendre de risque puisque nous n'avons pas d'armes, à part quelques fusils de chasse. Vous devez attendre mes directives pour agir." A partir de février 1943 avec l'instauration du Service du Travail Obligatoire (S.T.O) les jeunes prennent davantage conscience du danger de cette occupation, beaucoup d'entre eux rejoignent les Résistants. Sur ordre de François Tassel des petits groupes, de 2 ou 3 personnes, coupent les fils des lignes téléphoniques allemandes, sabotent leur matériel, (véhicules, voies ferrées), diffusent les tracts qu'on leur remet et surveillent les déplacements des Allemands.
Au début de 1943, François et Maurice Barré participent à une réunion secrète, chez George Fabre, organisée par Louis Pichouron et Jean Devienne. Ils leur confient des postes importants: François Tassel est nommé commissaire aux effectifs et aux opérations pour le secteur Nord 1 des côtes d'Armor (C'est en gros le Trégor actuel), Maurice barré est nommé responsable du FN pour ce secteur Nord 1.
A la fin 1943, François a enrôlé et formé à la vie clandestine plus d'une centaine de volontaires: "Pas de confidences, attention aux mouchards, aux miliciens et aux gens qui parlent trop". Ces Résistants restent chez eux en continuant de travailler pour ne pas éveiller des soupçons, seuls les réfractaires au STO mènent une vie de nomade.
Kerguiniou devient la plaque tournante de la Résistance pour le Trégor: Les chefs de groupe se réunissent dans une maison en ruine située juste au dessus du moulin Milin paper, pour prendre les décisions, pour rédiger les tracts afin d'encourager les patriotes et dissuader les autres de collaborer et pour préparer les fausses cartes d'identité. Kerguiniou est aussi un lieu de passage et de refuge pour les personnes recherchées. Jean Devienne et Marie-Pierrette Le Bihan, la rédactrice en chef du journal « Le patriote des Côtes du Nord », trouvent un gîte pour la nuit chez Mr et Mme Barré, quand ils vont faire imprimer leur journal à Morlaix .
En Mars 1944, avec un groupe, il convoie et stocke aux alentours de Kerguiniou un premier lot d'armes provenant d'un parachutage à Maël Plestivien.
Le 8 mai 1944, il organise et met au point l'attaque de la prison de Lannion par la Compagnie Tito : 7 résistants sont libérés. A la suite d'une dénonciation ou de révélations sous la torture, les Allemands identifient Gilbert alias F. Tassel.
Attaque de la Prison à Lannion
Le 23 mai 1944, le bourg de Ploubezre est encerclé, les habitants sont sortis des maisons et gardés à vue, la maison de François Tassel est vide, les Allemands y mettent le feu. Marcel Le roux, Louis Ropers et Albert Péru sont arrêtés. Les Allemands se font conduire à Kerguiniou, les quelques Résistants qui s'y trouvent se font surprendre, le combat est inégal. Yves Cudennec et Amédée Prigent sont tués, Yves Derriennic est blessé, plus tard il sera torturé et fusillé. François Tassel et Maurice Barré ne sont pas là non plus. Maurice doit se présenter à la commandantur dès son retour, une récompense de 150 000 Francs est promise pour des renseignements sur François. Mme Barré et ses deux enfants, aidés par le docteur Rouzaut de Cavan trouvent un refuge à Pléneuf Val André. Mme Tassel et ses deux enfants trouvent refuge à Cavan, puis à Caouënnec.
Les jours suivants Maurice Barré ne se présente pas à la commandantur, son teillage de lin et sa blanchisserie sont incendiés.
Après le débarquement du 6 juin 1944, les Résistants deviennent tellement nombreux qui faut les regrouper pour former des maquis. Chaque chef de secteur en crée un, bien a l'abri des regards. C'est à partir de ce moment qu'un maquis c'est formé à Kerguiniou. Les sabotages de la ligne Paris-Brest sont très nombreux, de nombreux convois allemands déraillent, les poteaux des lignes à haute tension et des lignes téléphoniques sautent, les groupes qui se font surprendre par les Allemands peuvent riposter, ils ont des armes et des explosifs.
Le 22 juin 44, François se rend avec un groupe de maquisards dans la ferme Bonniec à Roudevine pour voir sa femme et ses 2 enfants. Là, ils sont surpris par l'arrivée d'une patrouille d'une vingtaine d'Allemands. Ils ont tout juste le temps de fuir, François porte son fils de 2 ans. Malheureusement, ils ont laissé des traces: La ferme est incendiée, Yvonne, sa femme, et les 3 sœurs Bonniec sont amenées à la kommandantur, puis à St Brieuc pour y subir un interrogatoire musclé.
Arrestation à Bourbriac. François, le Docteur Rouzaut et Emile Guyard, son beau frère, sont arrêtés à Bourbriac alors qu'ils se rendaient à Plésidy pour organiser un parachutage.
Arrestation à Bourbriac le 14 juin 1944
Vers le 15 juin 1944, à Duault, le capitaine Aguirec de la BCRA (bureau central de renseignements et d'actions) charge François de former un bataillon qui devra participer à la libération de la région. Il le nomme commandant du 6ème bataillon FTP. François Tassel, pseudo Gilbert, devient le commandant Gilbert. Il doit très vite préparer une zone de parachutage et organiser la réception et les caches du matériel parachuté.
Le 27 juin 1944, avec un groupe de Résistants, Gilbert apprête une zone à Pluzunet quand ils sont alertés de l'arrivée d'une patrouille allemande. Ils n'ont que juste le temps de se sauver. Comme le parachutage est annoncé pour cette nuit là, par « radio Londres », il faut trouver un autre terrain pas trop loin, le préparer, réorganiser d'autres caches pour les containers et les parachutes. Avec l'aide d'une dizaine de maquisards, qui ont réussi à se regrouper, et avec l'aide précieuse des cultivateurs voisins, le parachutage est parfaitement réussi dans un champ à Prat.
Plus tard, les armes seront distribuées équitablement entre tous les maquis de la région.
Après un message sur la BBC et sur ordre du colonel Marceau, le commandant Gilbert déploie son bataillon pour bloquer l'ennemi, afin de protéger l'avancée des troupes de libération. Du 5 au 17 août 1944, son bataillon fait des centaines de prisonniers et libère tout le secteur nord 1.
Libération du secteur Nord 1 des Côtes d'Armor
Dès la libération du secteur, le SAS Aguirec lui remet la médaille de la Résistance française «avec rosette» en présence des hautes personnalités de la Résistance et de ses amis.
Après la libération du Trégor
A la fin août 1944, après avoir été incorporé dans l'armée d'active, il fait parti de l'état major du Général Borgnis-Desbordes sur le front de Lorient. Sa présence sur ce front est courte, puisqu'à la suite d'un accident de voiture, François Tassel est rapatrié, à l'hôpital Ste Anne, à Lannion. (Mme la comtesse de Carcaradec était une de ses soignantes)
Front de Lorient cliquez
En janvier 1945, pendant son séjour à l'hôpital, il est nommé chef de bataillon dans le 8ème zouave au Maroc. Il ne retourne donc pas sur le front de Lorient, mais part au Maroc pour prendre ce commandement.
En 1946, il quitte l'armée, après avoir refuser une mutation en Indochine.
A Ploubezre, il s'installe, entrepreneur de travaux publics. Pendant de nombreuses années, son entreprise a arrasé des talus pour le remembrement des terres agricoles et fait de très nombreuses routes dans la région.
Après la faillite de son entreprise, il habite son chalet à Kerguiniou.
Avec Jean Claude le Guéziec, il a écrit ses mémoires.
François Tassel est décédé, chez lui le 14 décembre 2016, à l'âge de 97 ans. Ses funérailles ont eu lieu à Ploubezre le 18 décembre
Ses Récompenses :
Médaille de la résistance française avec rosette (1944)
Chevalier de la légion d'honneur avec rosette (1945 )
Officier dans l'ordre national du mérite (2014)
François Tassel était pourtant un homme simple qui devait avoir une vie ordinaire, mais dans cette période tragique de l'histoire de France, les circonstances l'ont fait sortir du rang. Il lui a fallu beaucoup de force, de conviction, de courage et de rigueur pour pouvoir s'élever ainsi au mépris de sa vie. Il mérite toute notre reconnaissance. Nous ne devons pas oublier son action qui est d'ores et déjà marquée pour toujours dans l'histoire de la Résistance en Bretagne.
Il parlait volontiers de son passé, Il était un excellent narrateur doté d'une excellente mémoire, il était la référence sûre pour toute cette période de l'occupation.
Jean Pierre Daniel ( écrit d'après de nombreux témoignages dont le sien).
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Nomination de François Tassel alias Gilbert au grade de commandant
“ A Duault, je rencontre le Capitaine Aguirec du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Actions) pour lui remettre les données concernant le parachutage des armes sur la zone de Pluzunet……….. Le Capitaine Aguirec m’apprend qu’à l’aide des effectifs répertoriés et mobilisés dans le secteur Nord 1 depuis 1943, j’allais devoir constituer, au plus vite, un bataillon dont l’appellation sera: 6ème bataillon FTP. “Tu es déjà responsable du secteur Nord 1 (commissaire aux effectifs et aux opérations), il est donc logique que tu prennes son commandement: Tu en seras le commandant, voici les galons correspondants!”... A moi de définir le nombre de compagnies nécessaires à la défense du secteur Nord 1 et aux opérations qui s’annoncent dans la perspective de la libération de la région. Chaque capitaine devra former sa compagnie et nommer l’encadrement de chacune des 4 sections qui constitueront l’unité. Le schéma est clair: Les forces de la Résistance organisée entrent dans une structure militaire et fonctionneront désormais comme une unité constituée de l’Armée française. Il s’agit, en quelque sorte, de reconstituer notre armée démobilisée en 1940.
Louis Querrec dit Julot qui m’accompagne devient mon premier adjoint. Je connais ses compétences et je lui fais une confiance totale”.
Extrait de “Pour la France” Mémoires de François Tassel******************
"Une surprise m’attend à l’issue de la libération du secteur Nord 1" (vers le 17 août 1944).
Au cours d’une cérémonie organisée à mon PC de Kerfons (Ploubezre), Je reçois la médaille de la Résistance Française avec rosette. Elle m’est remise par le capitaine parachutiste SAS Aguirec en présence du lieutenant-colonel Marceau (commandant des FFI des côtes du Nord), de Louis Pichouron (commandant Alain, chef des FTP du département), de Marcel Perrot (commandant Andrieux, second de Louis Pichouron), des mes adjoints et de quelques amis maquisards."
Extrait des mémoires de François Tassel "Pour la France" écrit avec Jean Claude Le Guéziec*******************
Le « commandant Gilbert » livre ses mémoires
Le Trégor 30/05/2012 à 12:34 par Erwann HirelFrançois Tassel, 92 ans, témoigne pour la postérité. A Kerguiniou en Ploubezre, là-même où il a créé un maquis pris d’assaut par les Allemands, rencontre avec un résistant de la première heure.
A l'arrière-plan, François Tassel croqué par le peintre René Glorion, en présence de Jean-Claude Le Guéziec, qui a mis en forme les mémoires du Résistant.
http://www.ouest-france.fr/bretagne/francois-tassel-un-pionnier-de-la-resistance-2579764*******************
Jean Claude Le Guéziec a écrit ses mémoires en 2010
Edition PYAME
ISBN: 978-2-917630-04-4
3ème trimestre 2010
Photos collection F.Tassel
Devant sa maison à Kerguiniou aves sa femme Yvonne
Commémoration à Kerguiniou en 2011 JP Daniel
A Port St Louis en 2011 JPDaniel
François avec la clé de la prison de Lannion
Près de la stèle à Kerguiniou en 2015 JP Daniel
Ses funérailles le 18 décembre 2016 JP Daniel
François en pleine discussion avec Marguerite Pierre du réseau Shelburn le 18 avril 2014 à Plouha JP Daniel
François avec Pierre Chapiseau devant le panneau à Kerguiniou 2014 JP Daniel
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